Comment élaborer un modèle didactique?
Il serait utile d’aborder brièvement la question des modèles que la didactique expérimentale permet de produire. Il est important de préciser certains aspects de la démarche expérimentale.
L'étude des faits pédagogiques nous a conduits graduellement à préciser une
notion des opérations mentales propres au philosophe lorsqu'il édifie sa
science. Le procédé est le même que pour la production du modèle du fonctionnement mental
de l'étudiant dans sa relation à l'apprentissage de la philosophie. Il
s'agissait de proposer aux étudiants ce que nous croyions être les principales
tâches mentales que réalise le philosophe.
Les travaux des étudiants exprimaient leurs réactions mentales face à trois demandes:
1- quelle est votre opinion sur tel thème?
2- pouvez-vous analyser telle pensée?
3- quel problème voyez-vous dans telle situation ou
relativement à telle affirmation?
L'analyse des faits pédagogiques nous a permis de proposer un modèle didactique plus complet, mais après dépouillement et analyse de centaines de travaux.
Dans ce genre de procédé, les hypothèses du début cèdent la placent peu à peu à
d'autres qui expliquent mieux la réalité. Ainsi, nous en sommes venus à
considérer que les principales opérations mentales où l'on retrouvait des tâches
vraiment philosophiques, étaient, d'une part plus complexes que ce que nous
avions pensé, et, d'autre part, devaient être précisées suffisamment pour les
distinguer des tâches que nous retrouvons dans d'autres domaines de la culture.
Par exemple, on considérait au début comme typiquement philosophiques les tâches
en rapport avec des objectifs comme "conceptualiser" "abstraire", "induire",
"déduire", "généraliser" , mais en réalité ces opérations sont le lot de tout le
monde et de toutes les sciences. Ce qui peut les rendre spécifiques à la
philosophie c'est qu'elles se structurent à l'intérieur d'une tâche que seule le
philosophe accomplit en tant que philosophe. Nous avons pensé que la démarche
pour comprendre l'expérience vécue permet justement d'assumer ces opérations à
la façon des philosophes.
On peut dire la même chose en ce qui concerne l'analyse de la pensée. Il faut distinguer l'analyse que font les savants, celle que font les littéraires, et celle que font les philosophes. Nous avons opté pour une analyse propositionnelle qui permettait d'apprendre plus rapidement à analyser la pensée. Sur ce plan précis, la didactique expérimentale nous a permis de proposer une unité de mesure. Ce qui est très encourageant…
Nous avons procédé de la même manière pour ce qui est de la vérification; ce qui nous a permis d'apporter une notion plus précise du problème philosophique.
Le rapport que je vois avec la question que nous "disputons" est le suivant: il est possible de faire passer l'étudiant qui s'initie à la philosophie d'un modèle à un autre plus philosophique, dans la mesure où nous séparons les difficultés et proposons un agencement des opérations obtenues dans le modèle philosophique. Dans la mesure aussi où nous connaissons avec précision ce qui est spécifique à la réflexion philosophique, il serait possible de trouver des moyens adéquats pour passer de la culture populaire, c'est-à-dire de l'expérience philosophique commune, à une expérience achevée qui serait pleinement philosophique.
