Bref mémoire présenté à la commission sur l'éducation
à Laval, le 6 juin 1995

Messieurs les commissaires,
Je voudrais profiter de l'occasion qui m'est offerte pour apporter une contribution, si modeste soit-elle, à la réflexion commune sur la réforme de l'éducation. Je présenterai donc, tout simplement, quelques souhaits qui ont à mes yeux une certaine importance.
TENIR COMPTE
DE L'EXPERTISE
DES ENSEIGNANTS
1- Il faudrait, il me semble, tenir compte de l'expérience des 25 dernières années, qui ont sans aucun doute contribué à élever le niveau de culture et de préparation intellectuelle et technique des jeunes qui ont passé par le cégep. En comparant les travaux des étudiants des années 70 avec ceux des années 90, on se rend facilement compte du progrès accompli dans l'enseignement du français et de la philosophie qui sont les domaines que je connais le mieux. Il serait inadéquat de poursuivre une réforme qui fait fi de l'expertise des professeurs élaborée au cours des 25 dernières années.
Il y a là, surtout chez les enseignants, qui sont vraiment ceux qui font oeuvre d'éducation, une expertise qu'il serait inconvenant de mépriser comme on l'a fait brutalement lors de certaine réforme inspirée par une pédagogie de bureau.
Ce qui ne veut pas dire que des changements importants ne sont pas nécessaires. Bien au contraire.
ELAGUER
LES MATIERES
ACCESSOIRES
2- D'une façon générale, il faudrait à mon avis, élaguer le plus possible, au niveau collégial, les matières d'enseignement qui ne sont pas de niveau collégial . Ce n'est pas vrai que tout ce que l'on enseigne actuellement dans les cégep est de niveau collégial. Dans les années 70 le directeur d'un collège se vantait d'offrir au-delà de 275 cours différents. Ce qui me semblait et me semble encore une attitude contestable. Il existe des matières de base: ce sont celles qui devraient être les plus importantes. En même temps, à l'intérieur des spécialités et des concentrations, il faudrait faire un choix judicieux des éléments les plus fondamentaux pour laisser de côté ce qui n'est qu'accessoire.On sait qu' une bonne partie des diplômés feront carrière dans d'autres domaines que leur spécialité ou changeront de domaines au cours de leur vie active. C'est une raison de plus pour s'en tenir à l'essentiel et chercher à développer sur tout la créativité et la capacité de s'adapter au changement.
TENIR COMPTE
DE L'ÉTUDIANT
RÉEL
3- Et pourtant, les dernières recherches que j'ai effectuées concernant les étudiants actuels comparés à ceux des années 70 sont très révélatrices en ce qui concerne les conditions de vie des étudiants, leurs préoccupations et les problèmes humains qu'ils doivent vivre et qui les marquent profondément.
Par exemple, si l'on compare les expériences vécues des étudiants les plus marquantes à leurs yeux dans les années 70 avec celles des années 90, on remarque un déplacement significatif des intérêts et des problèmes, selon le milieu d'origine de leurs expériences les plus marquantes:
le milieu social : de 23% dans les années 70 à 48% dans les années 90;
le milieu scolaire : de 19% dans les années 70 à 7.7% dans les annbées 90;
le milieu de loisirs : de 17% à 11.5%;
le milieu familiale : de 9.3% à 26.9%;
le milieu de travail : de 31.7% à 5.7%;
Dans les années 90 les centres de préoccupation ont donc changé: le milieu social occupe maintenant la première place parmi les sources d'évolution et de problèmes des étudiants, et le milieu de la famille se classe deuxième.
Ces statistiques sont significatives. Elles indiquent d'une part que c'est le milieu social qui influence le plus les étudiants. Ils sont souvent engagés socialement avec de lourdes responsabilités ;
D'autre part, la famille est source de graves problèmes et trop souvent incapable de jouer le rôle qu'on attendrait d'elle.
Au fond, les étudiants ont grand besoin d'être aidés par des éducateurs qui puissent suppléer aux carences du milieu familial, comme milieu éducatif.
On aura beau changer les programmes, si l'étudiant ne peut trouver dans le milieu collégial un appui psychologique et intellectuel, la réforme souhaitée n'aura pas les résultats espérés.
Ce sont les quelques remarques que je tenais à vous communiquer dans le cadre de cette réflexion commune sur l'éducation et ses problèmes.
