Quelques pensées pour l'enseignement

 

1-"La philosophie ne se nourrit pas de philosophie dans une sorte d’autophagie insensée, mais de faits concrets et de science toute neuve. Pour exprimer toute l’originalité de son expérience, Bergson a écrit non pas en un jargon mais en un français souvent digne d’admiration, à la fois subtil, irisé et simple…" 
Histoire de la philo., La Pléiade, p.284

 

 

 

2-« L’étude de la philosophie n’a pas pour but de nous apprendre ce que les philosophes ont pensé, mais la vérité des choses » Thomas d’Aquin

3-« Peu à peu l’étude d’une discipline par les textes se rétrécit aux dimensions d’un auteur », Martin Blais dans son livre sur "L'autre Thomas d'Aquin",

4-« Les auteurs ont des nez de cire: chacun les tord dans le sens de sa propre pensée » Alain de Lille

      

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5-La réalisation pratique de cette démarche (méthode expérientielle) permet à l'étudiant de présenter sa réflexion sous forme d'une  dissertation qui suit et exprime le rythme de sa recherche. Ce genre de dissertation s'inscrit dans une perspective de la raison qui cherche et non de la raison qui a trouvé, comme c'est plutôt le cas en dissertation traditionnelle. Ici on ne cherche pas à prouver à l'aide d'arguments, mais à découvrir et à montrer. (cette pensée se rapproche de Bergson et  Bréhier)

 

6- Le problème philosophique (au sens propre) ne consiste pas à clarifier, expliciter, expliquer un concept. Ce serait un vain jeu de l'esprit. Il consiste plutôt à faire appel à une théorie plus large que les concepts connus, une théorie qui éclaire la réalité en surmontant les contradictions, les oppositions. Les concepts ne sont que des instruments. Mais si nous n'avions pas foi en l'unité de l'existant et s'il ne se révélait pas à la goûte, nous n'éprouverions jamais de problèmes. 

 

7- "Il faut, dit Platon, aller à la vérité avec l'âme tout entière" Pour être l'instrument privilégié de la recherche philosophique, l'intelligence n'y saurait suffire. A quoi sert-il de "comprendre", si cette compréhension laisse inchangées notre mentalité, nos attitudes coutumières envers le monde, envers les autres, envers nous-mêmes? Ce ne sont pas les mots qui importent, ni leur sens intellectuel intégralement transmissible: c'est l'expérience intime et intransmissible du sens spirituel. Ce que l'on doit chercher de meilleur ici, c'est à coup sûr ce qui n'y a pas été écrit."Marcel Deschoux, Initiation à la philosophie, P.U.F. p. VII

 

8-« Le doute est la condition essentielle de la recherche de la vérité ».

    « Douter, c’est la planche de salut de l’intelligence, c’est la ligne de flottaison de l’être raisonnable » Jean-Charles Harvey:ce site présente quelques écrivains de La Malbaie:La Malbaie, cette «belle des belles» avec Laure Conan et Jean-Charles Harvey-


 

      9-"L'art n'a pas pour fin de laisser des œuvres que le temps ruine, mais de créer des artistes en      tous les hommes et d'éveiller dans le vulgaire le génie endormi."  F.Nietzsche

 

     10-"Quiconque n'a que l'esprit historique n'a pas compris la leçon de la vie et il faudra la reprendre. C'est en toi-même que se pose l'énigme de l'existence: personne ne peut la résoudre si ce n'est toi." Nietzsche

      11-Il existe un parallèle entre les idéologues et les inquisiteurs. Ils sont de mauvais interprètes les uns de Socrate, les autres des Évangiles." Michel Barat , dans "La conversion du regard"

      12-Enseigner, c'est toujours écouter d'abord, se mettre à la place de l'autre, emprunter son langage, s'oublier donc soi-même; puis, c'est, tout en parlant pour tous, tenter de s'adresser à chacun, c'est dire quelque chose à quelqu'un; et dans le désir d'éduquer son public, de lui ouvrir un horizon jusqu'ici ignoré, de le faire monter d'un degré jusqu'à une perspective plus haute, afin que,  vous ayant entendu, l'auditeur soit plus informé, plus apte au métier d'homme" Jean Guitton

    

 

        13-Une pensée importante de Blaise Pascal(Œuvres complètes , aux éditions du Seuil)p.595

     7O~-9  Quand on veut reprendre avec utilité et montrer à un autre qu' il se trompe il faut observer par quel côté il envisage la chose, car elle est vraie ordinairement de ce côté-là et lui avouer cette vérité, mais lui découvrir le côté par où elle est fausse. Il se contente de cela car il voit qu'il ne se trompait pas et qu'il v manquait seulement à voir tous les côtés. Or on ne se fâche pas de ne pas tout voir, mais on ne veut pas être trompé, et peut-être cela vient de ce que naturellement l'homme ne peut tout voir, et de ce que naturellement il ne se peut tromper dans le côté qu'il envisage, comme les appréhensions des sens sont toujours vraies.

 La source de toutes les hérésies est l'exclusion de quelques-unes de ces vérités. Et la source de toutes les objections que nous font  les hérétiques est l'ignorance de quelques-unes de ces vérités. Et d'ordinaire il arrive que ne pouvant concevoir le rapport de deux vérités opposées, et croyant que l'aveu de l'une enferme l'exclusion de l'autre, ils s'attachent à l'une, ils excluent l'autre et pensent que nous, au contraire… Or l'exclusion est la cause de leur hérésie; et l'ignorance que nous tenons lde 'autre, cause  leurs objections.                                       

 

14- L'art d'enseigner

 

        L'enseignement de la philosophie est un art, je devrais dire une séduction. A ce titre il se nourrit de toutes les ressources de la personne et plus particulièrement de sa capacité de création. Enseigner, c'est l'art d'inventer les moyens de séduction. Or, celle-ci n'est possible que dans une ambiance amoureuse. Ce qui signifie que l'on ne saurait inventer des moyens efficaces sans être séduit soi-même non seulement par la philosophie, mais par le philosophe à faire naître, c'est-à-dire l'étudiant en devenir philosophique. Il faut bien connaître la constitution du marbre pour en faire surgir une piéta, un Moïse, un David, et en l'occurrence, un Socrate.

       Connaître l'étudiant c'est croire en lui, en sa capacité de découvrir, de réaliser, de se dépasser.

L'artiste n'est en pleine possession de ses moyens qu'à la suite d'un long et pénible apprentissage, un dosage difficile à réaliser de confiance en soi et d'humilité.

      Je plains le philosophe du savoir absolu qui sait tout sans avoir pris le temps d'apprendre. Il est comme un médecin qui connaît un peu de médecine: il est plus dangereux que celui qui n'a aucune connaissance de cet art et qui en est conscient. Au mieux, il suscite des fanatiques, des adeptes de la facilité, des réformateurs passionnés et aveugles.

Mise à jour 23 avril 2004

Claude COLLIN