Sur Pascal et son procédé (SIMPLE LECTURE)
Un bel exemple du procédé expérientiel se retrouve dans l'œuvre de Blaise Pascal
(1621-1662). Cette œuvre est analysée par Georges LeRoy in "Pascal
savant et croyant", (P.U.F.) Voyons
comment s'exprime M. LeRoy :
"Les démarches de Pascal impliquent une méthode. (...) (La recherche) pratiquée
d'abord dans le domaine
scientifique à propos du problème du vide, a consisté à se mettre en face d'une
question restreinte et bien délimitée, -- à s'affranchir devant ce problème de
toute métaphysique préconçue, -- et à ne prendre en considération que des faits.
La recherche proprement dite a comporté ensuite trois temps :
1-un effort pour s'assurer de la réalité même des faits ;
2-une tentative pour imaginer, en la construisant, une hypothèse explicative ;
3- un travail critique pour vérifier le bien fondée de l'explication proposée.
Ainsi est apparue, de la façon la plus manifeste, la fécondité de l'enquête qui
est menée de manière active, par opposition à la stérilité de la méthode où il
n'est fait place qu'à une simple attente passive. La recherche ici a finalement
conduit à définir une idée abstraite, distincte des données initiales et conçue
en termes purement intelligibles, puis à reconnaître dans cette idée le principe
d'une explication réellement satisfaisante, valable pour tous les faits d'ordre
sensible d'abord observés."
(...) "Plus tard, à propos du problème de la nature humaine, la recherche a
consisté de nouveau à se mettre en présence des faits. -- à s'affranchir de tout
esprit de système et de toute idée métaphysique, -- et à ne prendre en
considération que les données concrètes de l'observation (morale).
L'investigation a comporté encore ici trois temps : un effort pour s'assurer de
la réalité même des faits ; l'accueil d'une hypothèse, qui avait valeur
explicative, quoiqu'elle fut proposée du dehors ; un travail de réflexion
permettant d'apprécier la force de l'explication reçue." pp.65-6
Cette méthode est anti-cartésienne ; elle n'est pas déductive, elle ne pose pas
au début de la recherche une vérité fondamentale atteinte par intuition (la
conception d'un esprit pur) et qui ne fait pas de doute.
Aux yeux de Pascal, (qui n'a pas cette conception linéaire) il n'existe pas de
principes absolument premiers au-delà desquels il n'y a rien à chercher ; il
n'existe pas de purs commencements sur lesquels une déduction puisse prendre
appui : il faut consentir dès le début à se jeter in medias res
il faut se tenir pratiquement aux affirmations
qui s'avèrent suffisamment solides, pour s'engager ensuite à partir de là, en
explorations patientes.
Les vérités obtenues ne sont pas garanties par une clarté qu'elles recevraient
de quelque principe évident, et en définitive ; elles sont affirmées à cause de
leur vertu éclairante et de la lumière qu'elles portent dans l'obscurité des
faits. Le critère du vrai est donc ici tout différent. En effet, pour Pascal les
vérités fondamentales sont des idées éclairantes. Leur valeur est reconnue par
la lumière qu'elles donnent. p.69
L'analyse de la démarche intellectuelle de Pascal par Georges LeRoy met en
valeur la méthode expérientielle. La description qu"il en fait, éclaire beaucoup
non seulement la démarche mais ce qui la justifie.


Mise à jour 23 avril 2004
Claude COLLIN