Précision concernant la notion de "fonctionnement
mental de l'étudiant".
La pédagogie expérimentale doit élaborer elle-même les données psychologiques
utiles à l'édification d'une didactique particulière, comme celle de la
philosophie. L'enseignant doit tenir compte des principes de la psychologie,
mais ceux-ci ne lui fournissent pas les données précises et nécessaires sur les
réactions psychologiques de l'étudiant en rapport avec ce qu'il doit apprendre.
Ces données ne le renseignent pas sur les aptitudes mentales réelles des
étudiants, sur leurs capacités opérationnelles en rapport avec son objectif
pédagogique. Ces connaissances ne peuvent lui venir que d'une observation
méthodique des faits pédagogiques.
La psychopédagogie ne renseigne pas davantage sur les procédés mentaux propres
aux philosophes. Or, malheureusement, on croit en général qu'il s'agit d'un
procédé heuristique impossible à clarifier. Mais en pratique, par nécessité
méthodologique, chaque enseignant possède même inconsciemment une hypothèse sur
ce fonctionnement.
Il s'agit de savoir comment l'étudiant répond aux exigences de la tâche en
rapport avec tel objectif. Par exemple, comment il répond à la demande
d'analyser une pensée. Si nous essayons de déterminer les caractéristiques de
ces travaux d'étudiants nous pouvons ensuite faire une classification, et enfin
tracer un portrait du profil mental de l'étudiant en fonction de l'apprentissage
de la philosophie.
En bout de ligne, il s'agit toujours, jusqu'à présent d'hypothèse. En ce
domaine, il n'y a pas de théorie absolue. La méthode pédagogique est toujours à
la fois une hypothèse sur le fonctionnement mental de l'étudiant en tant qu'il
apprend à philosopher et une hypothèse sur le fonctionnement mental du
philosophe lorsqu'il édifie sa science
Soulignons que tout en étant d'une certaine façon indépendante de la psychologie
et de la neuropsychologie, le genre de didactique expérimentale que je me suis
appliqué à développer, m'a permis de proposer un modèle pédagogique assez
conforme aux nouveaux point de vue de la neuropsychologie concernant le cerveau
humain.
Le modèle pédagogique proposé dans ma dernière publication ( L'Initiation
philosophique en 4 leçons) présente l'expérience philosophique sous
forme de trois sphères qui sont à la fois un tout et une partie comme dans
toutes les structures organiques. ( cf la notion de holon selon Arthur Koestler)
Ceci correspond aussi aux récentes découvertes en neuropsychologie où l'on
reconnaît que l'homme n'a pas stratifié son cerveau comme l'affirmait MacLean
dans les années 70. "Le cerveau reptilien par exemple retentit jusque dans le
cortex. Le tissage est tel, affirme encore Eric Fottorino (Voyage au centre du
cerveau , http://www.lemonde.fr/dossiers/cerveau/totto l.htm) qu'on ne peut
séparer l'affectif de la mémoire et de l'intellect."
Les connaissances que nous atteignons, même dans le domaine scientifique, sont
provisoires en ce sens. C'est pourquoi il faut toujours se méfier des absolus.
Il faut plutôt chercher à concilier les vérités opposées, car les principes
opposés sont vrais aussi disait Pascal, et lorsque l'on opte pour l'un il faut
toujours se rappeler que l'autre est vrai aussi.
