Quelques propos de Nietzsche

 

"Sur l'avenir de nos établissements d'enseignement",  publiée chez Gallimard,1973

 

        "On en vient à haïr toute culture qui rend solitaire, qui propose des fins au-delà de l'argent et du gain..." p.44

        "Une culture rapide pour que l'on puisse rapidement devenir un être qui gagne de l'argent, (...) beaucoup d'argent...

        "La spécialisation... une destruction de la culture" p.47

        "Le journaliste: le maître de l'instant, a pris la place du guide qui délivre de            l'instant." p.48

        "Il faut aussi avoir des pensées, non seulement des points de vue".

        "On cherche à créer des hommes aussi "courants" que possible, comme on parle de monnaie courante!" p.44

        A propos de la culture populaire:

        "...ce n'est pas la culture de la masse qui peut être notre but, mais la culture d'individus choisis, armés pour accomplir de grandes oeuvres qui resteront; "p.80

        "...ces hérauts bruyants du besoin de culture se transforment soudain, dès qu'on les regarde de près, en adversaires zélés, voire fanatiques, de la vraie culture, c'est-à-dire de celle qui s'attache à la nature aristocratique de l'esprit: car ils pensent que leur but est d'émanciper les masses de la souveraineté des grands individus, au fond ils aspirent à bouleverser l'ordre sacré dans le royaume de l'intellect, la vocation de la masse à servir, son obéissance soumise, son instinct de fidélité sous le sceptre du génie." p.80

        "Nous savons à quoi aspirent ceux qui veulent interrompre le sommeil salutaire du peuple...."

        " nous savons à quoi ils visent, ceux qui font semblant, par un accroissement extraordinaire du nombre d'établissements d'enseignement et par la création qui en est la conséquence d'une classe de professeurs conscients de leur importance, de satisfaire un puissant besoin de culture. Ce sont eux, justement, et justement avec ces moyens, qui luttent contre la hiérarchie naturelle au royaume de l'intellect, qui détruisent les racines de ces forces de culture les plus hautes et les plus nobles qui viennent de l'inconscient du peuple et dont la destination maternelle est d'enfanter le génie et ensuite de l'élever et de l'éduquer convenablement." p.81-2

        Sur l'expérience:p.124

        "...les expériences les plus remarquables, les plus instructives, les expériences décisives, sont les expériences quotidiennes que c'est justement l'immense énigme que chacun a sous les yeux dont on comprend le moins qu'elle est une énigme, et que pour le petit nombre de vrais philosophes ce sont justement ces problèmes qui demeurent intouchés, au milieu de la route, et pour ainsi dire sous les pieds de la foule, avant qu'ils ne les ramassent soigneusement et n'en fassent les pierres précieuses qui éclairent désormais la connaissance.

Sur l'événement

«Nous ne nous connaissons pas, nous qui cherchons la connaissance; nous nous ignorons nous-mêmes: et il y a une bonne raison à cela. Nous ne nous sommes jamais cherchés - comment donc se pourrait-il que nous nous découvrions un jour? On a dit justement: «Là où est votre trésor, là aussi est votre coeur»; et notre trésor est là où bourdonnent les ruches de notre connaissance. C'est vers ces ruches que nous sommes sans cesse en chemin, en vrais insectes ailés qui butinent le miel de l'esprit, et, en somme, nous n'avons à coeur qu'une seule chose -- «rapporter» quelque butin. En dehors de cela, pour ce qui concerne la vie et ce qu'on appelle ces «événements» -- qui de nous sérieusement s'en préoccupe?

Qui a le temps de s'en préoccuper? Pour de telles affaires, jamais, je le crains, nous ne sommes vraiment «à notre affaire»; nous n'y avons pas notre coeur, -- ni même notre oreille!

Mais plutôt, de même qu'un homme divinement distrait, absorbé en lui-même, aux oreilles de qui l'horloge vient de sonner, avec rage, ses douze coups de midi, s'éveille en sursaut et s'écrie:

«Quelle heure vient-il donc de sonner?» de même, nous aussi, nous nous frottons parfois les oreilles après coup et nous nous demandons, tout étonnés, tout confus: «Que nous est-il donc arrivé?» Mieux encore: «Qui sommes-nous en dernière analyse?» Et nous les recomptons ensuite, les douze coups d'horloge, encore frémissant de notre passé, de notre vie, de notre être--hélas! et nous nous trompons dans notre compte...C'est que fatalement nous nous demeurons étrangers à nous-mêmes, nous ne nous comprenons pas, il faut que nous nous confondions avec d'autres, nous sommes éternellement condamnés à subir cette loi: «Chacun est le plus étranger à soi-même», -- à l'égard de nous-mêmes nous ne sommes point de ceux qui «cherchent la connaissance».»

cf F.Nietzsche, La généalogie de la morale, p.7-8




       

Mise à jour 23 avril 2004

Claude COLLIN