Nietzsche

Sur quelques-unes de ses œuvres

 

 

 

Plusieurs idées importantes de Nietzsche sont en germe dans cet ouvrage, en particulier celle de la subordination du savoir à des valeurs supérieures qui sont les valeurs d'art, de style et aussi des valeurs de vie.

Nietzsche se reconnaît (ainsi que Schopenhauer)dans les présocratiques dont il fait ici une analyse approfondie ( plus particulièrement Thales, Anaximandre, Héraclite, Empédocle)

La pensée philosophique lui apparaît comme la forme suprême de l'imagination. Tout système philosophique est une métaphore, une œuvre d'art, une construction subjective qui doit à sa seule beauté de subsister, même après que les prémisses et les conclusions en sont devenues caduques.

Une philosophie est inséparable d'un philosophe, elle est essentiellement intransmissible, et par là s'oppose à la science.

Force et originalité de ces vieux penseurs qui dégagent du mythe un contenu de plus en plus général et abstrait soit qu'ils méditent sur l'élément primordial de quoi toutes choses sont issues soit qu'ils raisonnent de l'être et du non-être de l'être et du devenir, soit au spectacle de la violence et de la douleur universelles, ils rêvent à quelque faute métaphysique dont nous portons la peine en naissant et que nous expions par la vie et par la mort.

Thalès de Milet

"La philosophie grecque commence par cette idée absurde que l'eau serait l'origine et le sein maternel de toute chose. (…) Thalès franchit d'un bond les théories physiques de son temps (…) en posant cet axiome philosophique dont l'origine est une intuition mystique: c'est ce principe que "tout est un". Fruit de l'imagination. La pensée philosophique indémontrable a une valeur: elle n'est ni un mythe ni une allégorie. En disant que ce n'est pas l'homme mais l'eau qui est le principe de toute chose, Thalès commence à croire à la nature…

Ce qu'est le vers pour le poète, voilà ce qu'est pour le philosophe la pensée dialectique; il s'en empare pour fixer la féerie dont il est le jouet, pour la pétrifier. Et de même que pour le poète dramatique le mot et le vers ne sont qu'un balbutiement en langue étrangère, par lequel il essaie de dire ce qu'il a vécu et qu'il ne peut traduire directement que par la mimique et la musique, l'expression de toute intuition philosophique profonde, par la dialectique et l'expression scientifique, est sans doute l'unique moyen de communiquer ce qui a été vu par le penseur, mais c'est un moyen misérable, ce n'est qu'une transposition métaphorique et absolument inadéquate, dans une autre sphère et dans une autre langue. Ainsi Thalès a vu l'unité de l'être; et quand il a voulu la dire, il a parlé de l'eau!"

Anaximandre de Milet

"Ce dont naît ce qui existe est aussi ce vers quoi procède la corruption selon le nécessaire; car les êtres se paient les uns aux autres la peine et la réparation de leur injustice, suivant l'ordre du temps." (Rapprocher cela de Schopenhauer) p.40

Tout devenir est une émancipation coupable à l'égard de l'être éternel, une iniquité qu'il faut payer par la mort. Or, jamais l'être qui possède des qualités définies ne saurait être l'origine et le principe des choses. L'immortalité et l'éternité de l'être originel réside dans le fait qu'il est exempt de qualités définies vouées à la mort; c'est pourquoi son nom est l'Indéfini (apeiron) Aspect moral de l'existence. Grand précurseur d'Empédocle.

Anaximandre dépasse Thalès. "S'il y a une unité éternelle, comment la pluralité est-elle possible?" Il en trouve la raison dans le caractère contradictoire de cette pluralité qui sans cesse se dévore et se nie elle-même. Pour lui cette existence n'est pas justifiée, mais elle s'expie sans cesse par la mort.p44

Héraclite d'Éphèse

"J'ai contemplé le devenir, dit-il, et jamais encore personne n'a regardé avec autant d'attention ce flot et ce rythme éternels des choses. Et qu'ai-je vu? Des lois, des certitudes infaillibles, les voies immuables du droit, les Erinnyes qui jugent toutes les infractions aux lois. Le monde entier offre le spectacle d'une justice souveraine et de forces naturelles démoniaques, partout présentes, pliées à son service. Ce que j'ai vu ce n'est pas le châtiment du devenir, mais la justification de l'être. (…)

"Je ne vois rien que le devenir…tout ce qui est soumis au devenir est en éternelle métamorphose et la loi de cette éternelle métamorphose c'est le logos, un élément unique. La pluralité des choses est le vêtement, la forme phénoménale de l'Unique."

L'essence de la réalité est d'être active. Il n'y a pas pour elle d'autre façon d'être. La matière n'est que cause et effet. Son être c'est son action.

Ce qui me frappe le plus dans ce livre de Nietzsche, c'est l'amplitude et la beauté de son style, la profondeur de son regard, le don qui est le sien de saisir le sens profond de l'expression des premiers véritables philosophes. Il ne faut sans doute pas trop rechercher une rigueur scientifique dans l'analyse qu'il fait de ces personnages. Il me semble qu'au-delà de cette analyse, la connaissance du milieu social de cette époque n'est pas très juste…mais cela est bien secondaire en l'occurrence.

(éditée en 1873)

"L'existence et l'univers ne sont éternellement justifiées qu'en tant que phénomène esthétique" p.42

"Tout notre savoir esthétique est illusoire, puisque, comme sujets pensants, nous ne nous identifions pas avec l'Être qui, seul créateur et spectateur de cette comédie de l'art, y goûte un plaisir éternel. Dans la mesure seule où, par l'acte esthétique, le génie se confond avec l'Artiste de l'univers, il sait quelque chose de l'essence éternelle de l'art." p.42

"La mélodie enfante la poésie et ne cesse de l'enfanter. C'est ce qui me fait comprendre que la chanson populaire prenne la forme de strophes…

La poésie lyrique se manifeste comme volonté, par opposition à l'émotion esthétique purement contemplative et soustraite aux impulsions de la volonté. P.45

--Les deux sources de la tragédie: Apollon: le rêve et la mesure

Dionysos: la passion et la démesure

--- Prométhée: du point de vue aryen il commet le péché actif pour lequel l'humanité doit payer; par opposition au péché féminin ( le mensonge, la curiosité, la séduction, la convoitise) qui est le péché originel des sémites.

---"Tout ce qui existe est juste et injuste et justifié dans les deux cas."

--- Pour Euripide: tout doit être conscient pour être beau;

--- Pour Platon: tout doit être conscient pour être vertueux;

  • "Humain, trop humain," Nice,1886, Denoël / Gonthier.

  • Ce livre est très précieux pour connaître la pensée de Nietzsche sur l'évolution de l'esprit, l'origine de la pensée religieuse, de la métaphysique; sur la science etc.

    C'est parce que l'homme primitif rêve qu'il croit en l'existence d'un autre monde: il croit rencontrer des personnes amies disparues qui existent dans un ailleurs indéterminé; il imagine des dieux , etc….L'arrière monde de la métaphysique est le fruit de l'imagination…

                         

                    

    Mise à jour 23 avril 2004

    Claude COLLIN