Rejet de certains dualismes et affirmation de valeurs nouvelles.

 

La philosophie de Nietzsche se caractérise par le rejet de certains dualismes et par l'affirmation de valeurs nouvelles. Essayons de préciser ce rejet avant de mettre en lumière les valeurs qu'il propose.

 

A- Le rejet des dualismes

 

  • Matière/esprit : La philosophie classique distingue en l’homme corps et âme, matière et esprit et privilégie l’esprit. Pour certains, la forme accomplie de l’esprit c’est la raison : la raison définit l’homme. (Cf. l’attelage ailé de Platon, et le penser de Descartes). D’où une supériorité de la raison entraînant un pessimisme à l’égard du corps. Ce qui importe pour cette philosophie c’est la vérité, l’accord de la pensée avec la réalité. L’Idée, dans l’éternité du ciel, fonde la réalité et la vérité. Ainsi, l’Idée de chaise, aux yeux de Platon, est plus réelle, plus vraie que la chaise que voici. Pour Nietzsche cela n’est qu’une illusion. Il renverse cette distinction : pour lui, c’est le corps tout entier qui pense; la raison est une fonction du corps; le cerveau est un instrument du corps; c’est le corps qui crée des formes supérieures nouvelles.

  • Permanence/devenir : contrairement à Héraclite pour qui le devenir s’explique par l’opposition des contraires, Parménide nie le devenir et la diversité, au nom du concept d’être. Car l’être est ou n’est pas. S’il est, il est; il ne peut venir du non être, car rien ne peut venir du néant. Or, Aristote réfute Parménide, mais en conservant la permanence de l’être sous les différentes modalités qui expriment le changement. Nietzsche donne raison à Héraclite contre la tradition de la philosophie classique issue de Parménide et Aristote (selon qui, l’être logique correspond à la réalité). Pour Nietzsche comme pour Héraclite, est seul réel ce qui devient.

  • Sens/raison : dans la connaissance on part des données sensibles pour monter jusqu’à la raison par l’abstraction. Mais selon Nietzsche, la philosophie classique inverse cette relation en soutenant que le concept devient la cause réelle de la réalité sensible; le sensible est une copie de l’Idée selon Platon ou un mode de la divinité selon Spinoza. Il en va de même de la dualité substance / accidents d’Aristote. L’inférieur ne vient pas du supérieur : c’est plutôt l’inverse.

  • Phénomène/réalité : c’est à travers une interprétation de l’évolution historique de la philosophie que Nietzsche, (à partir de Platon, en passant par le christianisme, Kant, Compte et le positivisme) dans le Crépuscule des Idoles, va montrer comment le monde vrai pour la philosophie, c’est la réalité idéale, l’abstraction, fondée sur un principe suprême, Dieu. Mais ce monde vrai, qui est à l’opposé de monde sensible, a fini par devenir illusoire.

  • Antinomie des valeurs : ces dualismes métaphysiques sont à la base d’une interprétation moralisante du monde. D’après cette morale le bien s’oppose absolument au mal. Et s’ils sont conjugués dans le présent, cela est dû à la corruption engendrée par une cause éthico-religieuse. On dissocie positif et négatif, valeurs et antivaleurs : ce sont donc les instincts, les passions, les désirs qui font les frais de cette dissociation. Il s’agit d’une conception contre-nature où l’être est tout bon ou tout méchant : ce que dénie Nietzsche

  •                2- L'affirmation de valeurs nouvelles.

  • 1-Nihilisme: Dieu est mort; « Nihil » est un terme latin qui signifie « rien ». Selon Nietzsche, ce que l’on met à la base de la métaphysique, l’Idée éternelle, n’existe pas. Il n’y a donc rien pour fonder la métaphysique. En réalité, la vie n’a pas besoin d’être fondée dans un au-delà d’elle-même, dans un ciel des idées.

  • 2-Volonté de puissance : La raison n’est qu’une fonction de la vie, du corps. Il faut plutôt affirmer que l’essence de l’être est le devenir et que c’est par l’acte de dépassement de soi que l’être devient. Le dépassement, la volonté de se surmonter soi-même, est une métamorphose où l’on s’élève de l’inférieur au supérieur par la vertu d’un mouvement intérieur. C’est ce que Nietzsche appelle la volonté de puissance. Il faut donc concevoir la vie et l’homme comme volonté; elle n’est pas le désir de dominer elle consiste à inventer et à créer.

  • Le vouloir s’oppose au connaître; il est la valeur suprême.
  • 3-Le Surhomme: celui qui sait affirmer les valeurs nouvelles i.e. les formes supérieures de tout ce qui est; qui sait rire, jouer et danser (comme Zarathoustra); qui sait voir les choses comme elles sont : tragiques. Il trouve sa joie dans le fait de se vaincre soi-même.

  • 4-Le corps « Le corps est une grande raison, une multitude animée, un état de paix et de guerre, un troupeau et son berger. « Cette petite raison que tu appelles ton esprit, ô mon frère, n’est qu’un instrument de ton corps, et un bien petit instrument, un jouet de ta grande raison. » (Zarathoustra, 93) C’est tout le corps qui pense : le cerveau est un appareil de concentration. L’activité du corps est manifestation d’une subjectivité-c’est le Soi;; les instincts sont des pulsions; l’acte parfait est instinctif;

  • 5-Par delà bien et mal : il faut dépasser la morale du bien et du mal qui est basée sur la foi en une supériorité de l’arrière monde de la métaphysique;

  • 6-L’Éternel Retour : il s’oppose au désir selon Platon qui vient de la pauvreté, il est l’objet d’un grand désir, celui de l’éternité de ce qui est. Le temps est un cycle éternel.

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    Mise à jour 23 avril 2004

    Claude COLLIN