par Michel Brochu
Le lundi 2 février 1998 le Conseil des Ministres décidait, à Paris, le démantèlement de la centrale nucléaire de Creil Marville appelée Superphénix parce qu'elle a été la plus puissante du réseau de centrales nucléaires françaises qui assurent 87% de l'électricité en France et un des pourcentages les plus élevés du Globe.
Cette décision constitue à l'évidence une victoire pour les groupes écologistes et pour le parti des Verts et un sujet de satisfaction pour la "Majorité plurielle" présentement au pouvoir.
En Isère, où se trouve la centrale condamnée, la déception est forte et l'acrimonie est grande car environ 2000 emplois directs disparaîtront.
Cet événement, contre toute apparence, peut être relié à l'histoire hydroélectrique du Québec. Il peut en effet suffire d'un second accident nucléaire en Europe de l'Est ou de l'Ouest, ou même plus spécifiquement en France (la catastrophe de Tchernobil pouvant être considérée comme le premier grave accident européen de ce type) pour enclencher une levée de boucliers contre l'emploi de l'énergie nucléaire.
C'est le devoir de l'Hydro-Québec de prévoir cette éventualité, c'est par conséquent aussi, son devoir d'envisager la possibilité d'approvisionner en électricité hydraulique, une partie de l'Europe de l'Ouest pour répondre à la demande à venir des pays qui en manifesteront le désir.
La réalité de l'exportation de l'électricité du Québec est déjà ancienne, puisque déjà, à l'époque de la Montréal Light Heath and Power, de l'électricité était exportée vers l'État de New-York à proximité de l'Ontario.
Après la grande nationalisation d'avril 1963, la pratique de l'exportation s'est élargie sous diverses modalités au Nouveau-Brunswick, à l'Ontario, au New-Hampshire, au Vermont, et à l'État de New-York en quantités démultipliées. Les exportations d'électricité s'effectuent par voie aérienne et ne présentent rien d'extraordinaire du point de vue technique.
Rappelons d'abord que les mers et les océans du Globe terrestre sont tapissés de câbles de transmissions téléphoniques et que la question de la pose de câbles sur les grands fonds océaniques n'a plus de secret pour les spécialistes.
Pour la transmission sous-marine d'électricité à haute tension le problème semble résider dans la déperdition importante d'énergie véhiculée par des conduits de plusieurs km de longs, immergés entre deux continents.
La réponse appartient aux ingénieurs de l'IREQ (Institut de Recherche en Électricité du Québec) et à ceux de l'électricité de France.
Si l'on se reporte au début de cette note, on comprendra qu'il y a une urgence virtuelle à réaliser, à partir du Québec la réamission de l'électricité par électroduc sous-marin vers l'Europe.
Cette urgence deviendra réelle après l'éventuelle survenue du second grand accident nucléaire européen.
En Amérique du Nord, le Québec est véritablement le seul château d'eau important, avec des réserves hydroélectriques potentielles suffisantes pour alimenter en bonne partie l'Europe de l'Ouest en cas de demande impérative.
Le Québec doit prendre conscience de la situation potentiellement dangereuse en Europe en raison de sa dépendance excessive par rapport à l'électricité nucléaire.
